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DE LECTURE

1 150 logements abordables qui ne demandent qu’à se construire

Imaginez près de 1 150 logements abordables. Un terrain prêt. Des plans dessinés. Des partenaires mobilisés. Un projet soutenu par la Ville de Montréal. Alors que le 1er juillet approche, nous rappelant cette année encore que la crise du logement perdure dans la métropole, 478 premières unités pourraient être construites dans la prochaine année. Et pourtant, le chantier ne peut pas démarrer.  

À Ahuntsic, l’Écoquartier Louvain se bute à un paradoxe : un projet prêt à bâtir, mais enlisé dans la bureaucratie, dans un labyrinthe de formulaires et de délais croisés. 

L’Écoquartier Louvain n’est pas sorti de nulle part. Il est le fruit d’une mobilisation qui remonte à 2009, quand des citoyens et organismes d’Ahuntsic ont ciblé un ancien site municipal laissé à l’abandon pour un projet d’habitations abordables. Dès lors, de nombreuses démarches se sont succédées, que l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) reconnaissait en ces termes dans un rapport de 2019 : « La commission salue le travail exceptionnel des personnes et organismes qui, depuis dix ans, travaillent à l’élaboration du projet d’occupation du site Louvain Est. Il s’agit d’un travail colossal de conception, de concertation, d’éducation citoyenne et de résolution de problèmes. »

Ces démarches ont abouti à un modèle novateur et solide, incluant une vision – abordabilité, pérennité, écocitoyenneté – et un plan directeur exemplaire : près de 1150 logements abordables, sociaux et communautaires, de l’agriculture urbaine, un centre communautaire, un boisé protégé, une école et un CPE, le tout rassemblé au sein d’un écoquartier universellement accessible et conçu comme un modèle de résilience climatique. 

Ce n’est pas tout, puisqu’une Fiducie d’utilité sociale (FUSÉL), qui s’est officiellement constituée à l’automne 2025, protège les terrains de la spéculation pour y ancrer durablement des logements abordables, sociaux et communautaires. La Ville de Montréal a elle-même procédé à la cession d’un premier terrain à la FUSÉL : une première historique pour la Ville et un geste fort qui témoigne de la confiance institutionnelle envers le projet.

Le projet résidentiel de l’Écoquartier Louvain, c’est plus de 1 000 logements à terme, dont au minimum 50 % de logements sociaux et communautaires. 

Sur le terrain, le projet est solidement engagé. La Ville de Montréal a déjà procédé à la déconstruction des anciens bâtiments, la décontamination des sols et lancé les travaux d’infrastructures : construction des routes, raccordements aux réseaux d’eau et d’électricité…

Un projet d’habitation totalisant 478 unités n’attend donc qu’à sortir de terre. Le projet a été déposé voilà des semaines, et nous sommes plus que prêts. Nous avons un plan directeur. Nos architectes ont conçu les bâtiments. Les partenaires de réalisation demeurent mobilisés : coopératives, OSBL d’habitation, promoteurs alignés sur une charte corporative garantissant le respect des valeurs de l’écoquartier.

À l’heure où Montréal mise sur des projets d’envergure, de Namur-Hippodrome à Lachine Est, l’Écoquartier Louvain devrait pouvoir tirer son épingle du jeu. Ce projet propose la création d’un milieu de vie exemplaire et inclusif, comprenant 478 logements abordables et écocitoyens destinés aux personnes ayant des besoins particuliers (déficience intellectuelle, troubles du spectre de l’autisme, troubles de santé mentale, déficience physique, etc.), aux aînés, ainsi qu’aux familles et aux personnes seules, favorisant une mixité sociale exemplaire. Et par-dessus tout : un projet prêt à construire dès aujourd’hui.

Pourtant, ces 478 unités ne sont toujours pas en phase de construction.

Pourquoi ces logements ne sont-ils pas encore en chantier?

Parce que le financement de logements abordables exige aujourd’hui de naviguer entre différents bailleurs de fonds, tant l’échelle provinciale que fédérale, chacun ayant ses propres critères, ses propres délais, ses propres fenêtres de dépôt, quand parfois l’un demande même que le projet soit d’abord accepté par l’autre pour envisager de l’accepter à son tour. Le projet rebondit d’un guichet à l’autre, d’une manière telle qu’elle n’est pas sans rappeler la désormais célèbre scène des 12 travaux d’Astérix.

Le chantier pourrait être livré en douze mois dès la confirmation des fonds. Douze mois. Dans une ville où des gens quittent leur logement sans savoir où ils iront, où des familles consacrent plus de la moitié de leurs revenus à se loger, douze mois représentent déjà une éternité.

La réponse à la crise du logement ne peut continuer à se mesurer en cycles électoraux et en exercices budgétaires. Elle doit se mesurer en logements livrés, en familles stabilisées, en quartiers réalisés.

Les voyants sont au vert. Il est maintenant temps que la réponse à cette crise dépasse les annonces médiatiques, et que le rythme politique s’accorde à l’urgence du terrain.

Signataires

France Émond, directrice générale, Société de développement Écoquartier Louvain

Carole Brousseau, présidente, Société de développement Écoquartier Louvain

Rémy Robitaille, directeur, Solidarité Ahuntsic

Ron Rayside, président, Fiducie d’utilité sociale Écoquartier Louvain

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